• "Vicente Rosenberg est arrivé en Argentine en 1928. Il a rencontré Rosita Szapire cinq ans plus tard. Vicente et Rosita se sont aimés et ils ont eu trois enfants. Mais lorsque Vicente a su que sa mère allait mourir dans le ghetto de Varsovie, il a décidé de se taire.
    Ce roman raconte l'histoire de ce silence - qui est devenu le mien."
    La lecture habitée et bouleversante d'Éric Caravaca donne à entendre la voix de Vicente, tel un défi vibrant lancé au silence qui a hanté toute la vie cet homme en exil.

  • "Soyez rassurés. De lui, vous saurez presque tout. Il avouera noir sur blanc de quelle étrange manière le têtard taciturne qu'il fut, ce têtard éternellement habité par le désir de devenir bavard comme une grenouille un jour de pluie, se transforma en un gros crapaud graphomane. Soyez rassurés. En attendant le premier exil, vous pourrez goûter l'amer délice de la première lettre, l'onctueux oubli du premier cauchemar. Soyez rassurés. Comme promis, il ne dissimulera pas le moindre doute, la plus infime maladresse, la plus grossière erreur.
    Voici enfin, pour en finir avec les autobiographies, de la première à la dernière syllabe, la vie intégrale du seul écrivain qui ne voulut jamais écrire."

  • 2086. Les derniers êtres humains contemplent les ruines de l'humanité. Les guerres ont cessé. La soif et la faim ont disparu. Les monstres que l'homme avait créés ont peu à peu déserté la surface du globe.

    Fallait-il une si grande destruction pour que l'on puisse de nouveau s'émouvoir devant la simple beauté d'une rose ?

    Faudra-t-il que l'homme meure pour qu'il mesure la grandeur de ce qu'il a été ?

  • - Tu crois que ça va être bien ?
    - Je ne sais pas.
    - Tu connais quelqu'un qui l'a fait ?
    - Pas vraiment.
    - Mais tu as envie ?
    - Je n'en sais rien.
    - Mais pourquoi tu es là alors ?
    - Parce que c'est la première fois.

  • - Pourquoi tu écris ?
    - Parce que je ne parle pas.
    - Ce n'est pas vrai.
    - C'est pour ça aussi que j'écris, parce que ce n'est pas vrai.

    En Uruguay, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, j'ai appris à donner à mon silence la forme qu'il a aujourd'hui : une forme littéraire. C'étaient des années de fièvre et de sang, celles où les pires dictatures que l'Amérique latine ait connues se mettaient en place.
    Cette terre, je l'ai perdue, comme j'ai perdu ma langue maternelle. Ce qui demeure, ce à quoi voudraient rendre hommage ces pages, c'est à cette autre patrie qui nous appartient à tous parce qu'elle ne sera jamais à personne - l'enfance.

  • Il y a un seul amour.
    Ou plutôt, n'y a-t-il qu'un seul amour ? Parle-t-on du même amour pour une oeuvre ou pour l'être aimé ? Qu'en est-il de notre amour ? semble adresser Amigorena à celle qu'il aime et qui ne sera pas auprès de lui cette nuit. N'a-t-il pas déjà écrit tout au long de sa vie sur des musées, des expositions, des peintures ? Oui, cette promenade nocturne au musée Picasso sera donc une tentative de s'extraire de l'amour, de prendre la distance nécessaire pour tenter d'y mettre des mots.
    Justement les mots, il les dépose, les juxtapose et joue avec. Au coeur du musée endormi, les interrogations deviennent des affirmations, les affirmations des interrogations. Tenant résolument le fil de l'amour, Amigorena attend, dans le sommeil et les rêves, que les oeuvres le guident et lui apportent quelques réponses. Dans cette nuit de solitude forcée, où s'invitent Picasso, Giacometti ou encore Vermeer et Bataille, il explore avec pudeur et profondeur le sentiment amoureux, l'écriture, les oeuvres, et ce qui inextricablement les lie. 

  • "Vicente Rosenberg est arrivé en Argentine en 1928. Il a rencontré Rosita Szapire cinq ans plus tard. Vicente et Rosita se sont aimés et ils ont eu trois enfants. Mais lorsque Vicente a su que sa mère allait mourir dans le ghetto de Varsovie, il a décidé de se taire.
    Ce roman raconte l'histoire de ce silence - qui est devenu le mien."

  • "Pourquoi les mains volubiles d'Alvaro "El Sopa" Aguirre étaient-elles plus expertes que les miennes ? Pourquoi Gonzalo "Fon" Fonseca aimait-il l'effroyable laideur de Gabriela "Viejos Días" Arnesto ? Pourquoi la langue de Sandra "Narigona" Cladera, langue soyeuse, tempérée, n'a-t-elle pas contaminé celle de la jeune carpe que j'étais ? Pourquoi la mère de Margarita, gardienne et négociante de sa croupe avertie, connaissait-elle mon surnom ? Mais pourquoi diable la pulpe de nos dires demeure-t-elle toujours étrangère aux fruits de notre désir ?"

  • "Après le second exil, lorsque j'embrassais une fille, j'avais souvent l'impression que ma bouche abritait trois langues. Était-ce seulement parce que, égaré dans ce pays inhospitalier dont les habitants partout dans le monde sont célèbres pour leur hippophagie et pour leur mauvaise odeur, le français était pour moi un nouveau langage ? Abasourdi par mille et un changements, je ne savais que faire de cet excès de paroles possibles qui ne franchissaient jamais l'enclos de mes dents. J'allais donc ainsi, enlaçant les mots, rendant purs les sons, et propageant mon silence. Car l'exil a ceci de remarquable qu'en nous rendant bilingues, il crée la possibilité de se taire dans une nouvelle langue."

  • "Le premier amour, paraît-il, n'est jamais que le prélude de la première défaite. On aime, puis on souffre. On essaie de se souvenir pour ne pas vivre, puis on essaie d'oublier - pour ne pas mourir. Mais il n'y a rien de tel qu'essayer d'oublier pour se souvenir, et rien de mieux qu'essayer de se souvenir pour réellement oublier.Ces quelques pages racontent l'histoire d'un jeune homme qui comprend, lentement, qu'après avoir aimé une première fois, après avoir une première fois souffert de n'être plus aimé, pour être heureux, il doit réussir à savourer la douleur et le bonheur en même temps, à chaque pas.Son chemin est long, plein de détours. Comment en serait-il autrement ? si l'on sait de quoi les premiers amours sont le prélude, on ignore toujours de quoi les premières défaites, à leur tour, peuvent être le commencement."

  • 1978

    Santiago H. Amigorena

    "Comme il n'y avait pas beaucoup d'étrangers, c'était sans doute normal de le regarder comme un animal bizarre. En plus, de tous les étrangers du lycée, c'était lui qui affichait le plus son étrangeté. Il mangeait des trucs bizarres, buvait des trucs bizarres, fumait des trucs bizarres. Et pendant tout l'hiver, il est venu en cours couvert d'un poncho."

  • "Peut-on aimer deux personnes à la fois ? La question est si simple et la réponse inévitablement si compliquée. Surtout lorsqu'elle n'est pas formulée par celui qui a doublement aimé mais par l'un de ceux qui devaient se contenter de la moitié d'un amour. Les quelques jours de ce voyage en Italie racontent ce qu'a vécu un homme qui n'était plus aimé qu'à moitié."

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